Le syndrome d’apnées du sommeil touche déjà plusieurs millions de personnes en Europe. Selon des projections présentées au Congrès de la Société européenne de pneumologie (ERS) en septembre 2025, cette proportion pourrait atteindre 59 % des adultes de 30 à 69 ans d’ici 2050, contre 36 % en 2020. Face à cette trajectoire, les chercheurs redessinent les outils diagnostiques, les marqueurs de risque et les stratégies thérapeutiques. Les résultats présentés à Amsterdam dessinent un tournant : la médecine du sommeil entre dans l’ère de la précision.
À retenir
Le Congrès ERS 2025 marque un tournant pour le syndrome d’apnées-hypopnées obstructives du sommeil (SAHOS) : nouveaux biomarqueurs, profil féminin distinct et hausse projetée à 59 % des adultes européens d’ici 2050 (ERS, 2025).
- La charge hypoxique prédit mieux les complications cardiovasculaires que l’IAH seul.
- Les femmes présentent un profil de SAHOS souvent confondu avec une dépression ou une insomnie.
- La sévérité du SAHOS varie d’une nuit à l’autre : un enregistrement unique peut mal classer entre 20 % et 50 % des patients.
Pourquoi la prévalence de l’apnée du sommeil augmente en Europe
La hausse projetée ne reflète pas une simple croissance démographique. Elle résulte d’une accumulation de facteurs de risque : surpoids, sédentarité, vieillissement de la population, et désormais réchauffement climatique. Des données issues d’un capteur intégré sous le matelas ont suggéré qu’une élévation des températures ambiantes pourrait aggraver les événements respiratoires nocturnes, ajoutant une dimension environnementale au profil de risque du SAHOS.
Réchauffement climatique et apnées du sommeil : un lien émergent
Cette dimension environnementale est encore peu documentée, mais les signaux s’accumulent. Les nuits chaudes perturbent les cycles de sommeil et peuvent modifier la tonicité musculaire des voies respiratoires supérieures. Si ce lien se confirme à plus grande échelle, le réchauffement climatique deviendrait un facteur de risque à part entière, s’ajoutant aux facteurs comportementaux et métaboliques déjà connus.
Cette dynamique place la prévention au premier rang. Les symptômes des apnées du sommeil ronflements, fatigue diurne, réveils nocturnes sans cause apparente restent fréquemment attribués à d’autres causes, retardant le recours au diagnostic de plusieurs années.
Pourquoi la sévérité du SAHOS varie d’une nuit à l’autre
L’un des enseignements majeurs du congrès ERS 2025 concerne la nature dynamique du SAHOS. Contrairement à une représentation statique, la sévérité de la maladie fluctue d’une nuit à l’autre selon les comportements, l’environnement et les maladies associées. La consommation d’alcool, des horaires de sommeil irréguliers, un épisode de forte chaleur ou une décompensation cardiaque peuvent faire varier l’index d’apnées-hypopnées (IAH) de façon marquée.
Le concept d' »apnée sociale » illustre ce phénomène : les événements respiratoires s’aggraveraient en fin de semaine, lorsque les rythmes circadiens sont perturbés par des couchers tardifs ou une consommation d’alcool. Sur le plan diagnostique, une étude conduite sur plusieurs nuits consécutives en milieu réel a montré qu’un enregistrement sur une seule nuit peut mal classer entre 20 % et 50 % des patients selon leur sévérité réelle (Lechat et al., Am J Respir Crit Care Med, 2022). Cette instabilité plaide pour une surveillance dans la durée plutôt qu’une évaluation ponctuelle.
Ces données ont des conséquences directes sur le diagnostic des apnées du sommeil : les stratégies d’interprétation devront intégrer cette variabilité pour éviter les erreurs de classification, notamment dans les formes modérées.
Apnée du sommeil et nouveaux traitements : pourquoi l’IAH ne suffit plus
Le congrès a marqué une accélération dans l’abandon de l’IAH comme unique mesure de sévérité. Trois nouveaux biomarqueurs ont été mis en avant, chacun capturant une dimension distincte de la maladie.
La charge hypoxique, un meilleur prédicteur du risque cardiovasculaire
La charge hypoxique mesure la durée et la profondeur cumulées des baisses de saturation en oxygène liées aux événements respiratoires. Deux cohortes communautaires prospectives (2 743 hommes âgés et 5 111 adultes mixtes) ont montré que ce paramètre prédit la mortalité cardiovasculaire mieux que l’IAH seul, avec un risque multiplié par 2,73 dans le quintile de charge hypoxique le plus élevé (Azarbarzin et al., Eur Heart J, 2019). C’est donc la dose d’hypoxie reçue chaque nuit qui semble déterminante, plus que la simple fréquence des événements.
La variation du rythme cardiaque, un marqueur d’activation du système nerveux
La variation de fréquence cardiaque (ΔHR) mesure l’écart entre la fréquence maximale après la réouverture des voies respiratoires et la fréquence minimale pendant l’événement apnéique. Les données disponibles suggèrent que les patients dont cette réponse est élevée tirent davantage de bénéfice cardiovasculaire du traitement par pression positive continue (PPC), tandis que ceux dont la réponse est atténuée n’en tirent pas les mêmes effets.
L’index PWAD, un signal vasculaire mesuré sans geste invasif
L’index de chutes d’amplitude d’onde de pouls (PWAD), obtenu par un capteur de pouls classique, reflète la contraction des vaisseaux périphériques lors de chaque événement apnéique. Des valeurs basses sont associées à l’hypertension artérielle, au diabète et à une altération de la paroi des vaisseaux sanguins.
Combinés, ces trois marqueurs prédisent les complications et décès cardiovasculaires avec une précision nettement supérieure à l’IAH seul. Le traitement des apnées du sommeil entre ainsi dans une logique de personnalisation, où la décision thérapeutique s’appuie sur le profil physiologique du patient plutôt que sur un seuil unique.
Femmes et apnée du sommeil : un profil clinique trop souvent manqué
Les différences entre hommes et femmes constituent un autre axe fort des recherches récentes. Avant la ménopause, les femmes présentent une prévalence plus faible du SAHOS. Après la ménopause, cette prévalence augmente significativement et la sévérité s’accroît.
Mais au-delà de la fréquence, c’est le tableau clinique qui diffère. Les femmes tendent à présenter davantage de réductions du flux d’air que d’arrêts respiratoires complets, une tendance à se réveiller plus facilement, et des perturbations respiratoires sans baisse notable de la saturation en oxygène. Ces caractéristiques, mal capturées par les outils d’évaluation habituels, conduisent à une sous-détection fréquente. Le tableau clinique se compose souvent de fatigue, d’insomnies, de troubles de l’humeur et de céphalées matinales, plus que de ronflements forts et d’apnées observées par l’entourage.
Ce profil est régulièrement confondu avec une dépression ou une insomnie primaire, retardant la prise en charge. Des approches thérapeutiques adaptées aux symptômes et au retentissement sur le quotidien, plutôt que fondées sur les seuls seuils d’IAH, sont désormais préconisées par les experts du domaine.
Apnée du sommeil et nouveaux traitements : pistes pharmacologiques et technologiques
Au-delà de la PPC, le congrès ERS 2025 a mis en avant plusieurs approches pour des sous-groupes spécifiques.
Chez les patients souffrant d’obésité sévère avec hypoventilation
Une combinaison de deux médicaments l’acétazolamide et l’atomoxétine a amélioré les niveaux de CO2, la saturation en oxygène et l’IAH chez des patients n’ayant encore reçu aucun traitement pour ce syndrome. Le mécanisme repose sur une stimulation des récepteurs qui régulent la respiration. Ces résultats ouvrent des perspectives pour des patients difficiles à stabiliser par ventilation seule.
Dans les apnées centrales liées à l’insuffisance cardiaque
La ventilation auto-asservie fait l’objet de recommandations plus précises : son indication dépend désormais de la capacité de pompage du cœur et de la proportion d’événements obstructifs par rapport aux événements centraux. Cette distinction permet d’éviter son usage dans des situations où elle n’apporte pas de bénéfice.
Les bénéfices du traitement par PPC ne s’appliquent pas de manière uniforme à tous les patients. L’analyse combinée de plusieurs essais cardiovasculaires confirme que la protection conférée par la PPC est plus nette chez les patients présentant une charge hypoxique élevée et une forte réponse du système nerveux autonome pendant la nuit, c’est-à-dire dans les profils à haut risque.
Traitement de l’apnée du sommeil à domicile : comment l’accompagnement s’adapte
La personnalisation du traitement par PPC ne se résume pas au paramétrage initial de l’appareil. Les données issues du télésuivi montrent que les événements respiratoires résiduels varient d’une nuit à l’autre en fonction de fuites au niveau du masque, d’une prise d’alcool ou de certains médicaments, ou d’une décompensation cardiaque sous-jacente. Cette instabilité appelle une lecture contextuelle des données, pas uniquement un contrôle de l’observance.
C’est dans cette logique de continuité que l’accompagnement à domicile prend tout son sens. Lorsqu’un patient débute ou ajuste son équipement PPC dans ce contexte de variabilité nocturne, le technicien intervient dès la mise en service de l’appareil pour l’installation du masque, la vérification de l’ajustement individuel et l’absence de fuites. Il explique les gestes d’entretien, les repères d’usage quotidien et les signes qui justifient un contact avec l’équipe soignante.
Un suivi régulier permet d’identifier rapidement les causes de variabilité résiduelle et d’y apporter une réponse adaptée, dans le respect de la prescription médicale. Cette présence structurée, notamment dans les premières semaines, est un facteur d’adhérence durable au traitement.
Questions fréquentes sur l’apnée du sommeil et le Congrès ERS 2025
Les projections présentées à l’ERS en 2025 estiment une hausse de 36 % à 59 % chez les adultes de 30 à 69 ans d’ici 2050. Ce groupe d’âge représente la grande majorité des cas diagnostiqués. La hausse s’explique par l’accumulation de facteurs de risque modifiables, ce qui signifie qu’elle n’est pas inéluctable si des mesures préventives sont prises à l’échelle de la population.
Deux patients avec un IAH identique peuvent présenter des profils de risque cardiovasculaire très différents. Des marqueurs comme la charge hypoxique ou la variation du rythme cardiaque capturent des dimensions que l’IAH ne mesure pas : la durée et la profondeur des baisses d’oxygène, et la façon dont le cœur réagit à chaque événement apnéique. Ce sont ces dimensions qui semblent les plus liées aux complications à long terme.
Longtemps sous-représentées dans les études, les femmes présentent un tableau clinique distinct : davantage de fatigue, d’insomnie et de troubles de l’humeur, moins de ronflements bruyants. Ces symptômes sont fréquemment attribués à d’autres causes, retardant le diagnostic. Après la ménopause, la fréquence et la sévérité du SAHOS augmentent de façon significative, ce qui en fait une période de vigilance particulière.
Les analyses récentes montrent que la protection cardiovasculaire de la PPC n’est pas uniforme. Elle bénéficie davantage aux patients présentant une charge hypoxique élevée et une forte réaction du système nerveux autonome pendant la nuit. Chez les patients dont cette réaction est faible, l’effet protecteur est moins net. Ce résultat plaide pour une adaptation de l’indication thérapeutique selon le profil du patient plutôt qu’une prescription systématique.
Ce terme désigne l’aggravation des événements respiratoires en fin de semaine, liée aux changements de rythme de sommeil et aux comportements associés : couchers tardifs, consommation d’alcool, horaires décalés. Ce phénomène illustre l’influence des habitudes de vie sur la sévérité du SAHOS et l’intérêt d’un rythme de sommeil régulier même pendant les jours de repos.
Des données préliminaires issues de capteurs de suivi du sommeil suggèrent un lien entre températures ambiantes élevées et aggravation des événements respiratoires nocturnes. Cette association s’inscrit dans les projections de prévalence pour 2050, où les facteurs environnementaux figurent parmi les déterminants de la hausse. Des études à plus grande échelle sont nécessaires pour mesurer cet effet avec précision.
Non, les deux dispositifs répondent à des situations différentes. La ventilation auto-asservie est réservée à des formes spécifiques d’apnées centrales, notamment celles liées à l’insuffisance cardiaque ou à la prise de certains médicaments antidouleur. Son utilisation suit des critères précis liés à la capacité de pompage du cœur et au type dominant d’événements respiratoires. En dehors de ces indications, son usage n’apporte pas de bénéfice démontré.
Les avancées présentées au Congrès ERS 2025 tracent une direction nette : la prise en charge du SAHOS se déplace vers une médecine de précision, capable de stratifier le risque, d’adapter les traitements et de reconnaître des profils de patients jusqu’ici sous-détectés. La hausse projetée de la prévalence représente un enjeu de santé publique majeur, mais aussi un signal pour agir sur les facteurs de risque modifiables. Consulter un médecin dès l’apparition de signes évocateurs reste la première étape pour bénéficier de ces avancées thérapeutiques.
Sources
- Siciliano M, Fabozzi A, Konak OK, et al., ERS Congress 2025: highlights from the Sleep Disordered Breathing Assembly, ERJ Open Res, 2026. DOI : 10.1183/23120541.01662-2025
- Lechat B, Naik G, Reynolds A, et al., Multinight prevalence, variability, and diagnostic misclassification of obstructive sleep apnea, Am J Respir Crit Care Med, 2022
- Azarbarzin A, Sands SA, Stone KL, et al., The hypoxic burden of sleep apnoea predicts cardiovascular disease-related mortality, Eur Heart J, 2019
À propos de ce contenu
Date de publication : 06/03/2026
Dernière mise à jour : 28/04/2026
Rédigé à partir de sources institutionnelles et peer-reviewed (ERS, Am J Respir Crit Care Med, Eur Heart J), selon un protocole éditorial de fact-checking documenté.