Le syndrome d’apnées-hypopnées obstructives du sommeil (SAHOS) touche les femmes autant que les hommes si l’on tient compte de toutes les formes de sévérité. Pourtant, jusqu’à 90 % des femmes présentant un SAHOS modéré à sévère ne seraient pas diagnostiquées. Ce retard s’explique en partie par une présentation clinique différente de celle des hommes, et par un mécanisme hormonal protecteur qui disparaît à la ménopause. Comprendre ces spécificités permet de repérer plus tôt les signes d’alerte et d’orienter vers un diagnostic adapté.
À retenir
- Le SAHOS est sous-diagnostiqué chez la femme en raison de symptômes atypiques.
- La progestérone protège les voies aériennes avant la ménopause.
- Après 50 ans, la prévalence du SAHOS féminin rejoint celle des hommes.
Apnée du sommeil chez la femme : des symptômes différents de ceux de l’homme
Chez l’homme, le tableau classique du SAHOS associe ronflements sonores, pauses respiratoires observées par le partenaire et somnolence diurne marquée. Chez la femme, les symptômes des apnées du sommeil prennent souvent une forme moins évidente.
Les plaintes les plus fréquentes chez les femmes sont la fatigue chronique, les insomnies, les réveils nocturnes répétés, les maux de tête matinaux et une humeur dépressive. Le ronflement, lorsqu’il existe, est souvent plus discret. La somnolence diurne, marqueur classique chez l’homme, est peu rapportée par les femmes, ce qui complique la démarche diagnostique.
Des signes souvent attribués à d’autres troubles
Cette présentation atypique conduit à des erreurs d’orientation. Les troubles sont fréquemment attribués à la dépression, à l’anxiété, à l’insomnie primaire ou aux effets de la ménopause, sans que la piste respiratoire soit explorée. Une étude française menée au CHU de Lille sur 91 femmes ménopausées à haut risque cardiovasculaire a retrouvé un SAHOS chez 73 % d’entre elles (JMV-Journal de Médecine Vasculaire, 2017).
Pourquoi les hormones protègent-elles les femmes avant la ménopause ?
La différence de prévalence entre hommes et femmes avant 50 ans s’explique en grande partie par l’action de la progestérone sur les voies aériennes supérieures. Cette hormone, produite de façon cyclique au cours du cycle menstruel et en quantité élevée pendant la phase lutéale, exerce un effet stimulant sur le tonus des muscles pharyngés.
En augmentant la tonicité musculaire des voies aériennes, la progestérone diminue leur résistance au passage de l’air pendant le sommeil. Des mesures de résistance des voies aériennes supérieures ont confirmé que celle-ci est plus basse en phase lutéale qu’en phase folliculaire. L’activité du muscle génioglosse (principal dilatateur du pharynx) est également plus élevée sous l’influence de la progestérone.
Ce mécanisme protecteur explique pourquoi le SAHOS reste relativement rare chez les femmes en période d’activité génitale (prévalence estimée à moins de 5 % pour les formes modérées à sévères avant la ménopause, contre environ 20 % après).
Apnée du sommeil chez la femme après la ménopause : ce qui change
La ménopause, qui survient en moyenne vers 51 ans, marque l’arrêt de la production ovarienne de progestérone et la chute des taux d’estrogènes. Cette modification hormonale a plusieurs conséquences directes sur le risque de SAHOS.
La perte du tonus musculaire des voies aériennes supérieures favorise leur collapsibilité pendant le sommeil. En parallèle, la redistribution des graisses corporelles vers un modèle androïde (cou, abdomen) augmente la charge mécanique sur les voies respiratoires. L’Assurance Maladie indique que les hommes sont deux fois plus exposés que les femmes au SAHOS, mais précise que cette fréquence augmente après la ménopause, jusqu’à atteindre un niveau comparable.
La périménopause, une zone de fragilité
La périménopause, période de 2 à 4 ans précédant la ménopause, est une phase de vulnérabilité particulière. Les fluctuations hormonales y sont importantes et s’accompagnent de troubles du sommeil (insomnie, éveils nocturnes) qui peuvent masquer un SAHOS débutant. Selon les données épidémiologiques, les troubles du sommeil atteignent leur pic de fréquence et de sévérité entre 40 et 55 ans chez les femmes.
Apnée du sommeil chez la femme et risque cardiovasculaire
Le lien entre SAHOS non traité et risque cardiovasculaire est bien établi. Chez la femme, ce risque mérite une attention particulière pour deux raisons.
D’abord, le SAHOS post-ménopausique survient à une période où la protection cardiovasculaire liée aux estrogènes a disparu. L’association des deux facteurs (apnées nocturnes et perte de la protection hormonale) augmente le risque d’hypertension artérielle, d’arythmies cardiaques et d’accidents vasculaires cérébraux.
Sommeil court et hypertension : un lien plus marqué chez la femme
Ensuite, les données épidémiologiques suggèrent que l’association entre sommeil insuffisant et hypertension est plus forte chez les femmes que chez les hommes. L’étude Whitehall II, portant sur une large cohorte britannique, a montré que le sommeil court était associé à l’hypertension chez les femmes mais pas chez les hommes. Des résultats similaires ont été retrouvés sur plus de 700 000 adultes aux États-Unis (Grandner et al., BRFSS/NHIS). Le diagnostic des apnées du sommeil prend ici toute son importance pour prévenir ces complications.
Quand consulter pour une apnée du sommeil chez la femme
Certaines situations doivent conduire à évoquer un SAHOS et à en parler à un médecin :
- Fatigue persistante malgré un temps de sommeil suffisant, surtout après 45 ans
- Insomnie avec réveils nocturnes fréquents non expliqués par un autre trouble
- Maux de tête matinaux réguliers, sensation de sommeil non réparateur
- Ronflement récent, même discret, signalé par l’entourage
- Prise de poids localisée au niveau du cou et de l’abdomen autour de la ménopause
Orienter vers le bon diagnostic
Le traitement des apnées du sommeil repose sur la pression positive continue (PPC), qui constitue le traitement de référence du SAHOS modéré à sévère quel que soit le sexe. La difficulté réside dans le repérage : il faut penser au SAHOS y compris devant des signes qui évoquent d’abord une dépression ou une insomnie, en particulier chez les femmes en périménopause ou ménopausées.
L’accompagnement à domicile pour le traitement par PPC
Lorsque le diagnostic de SAHOS est posé et qu’un traitement par PPC est prescrit, l’adaptation au dispositif peut susciter des questions, d’autant plus si les symptômes initiaux étaient atypiques et que la patiente ne s’attendait pas à un appareillage respiratoire. Le technicien intervient dès la mise en service de l’appareil pour en expliquer le fonctionnement, montrer les gestes d’entretien du masque et aider à trouver l’interface la mieux adaptée à la morphologie du visage. Un suivi régulier permet d’ajuster les réglages, de vérifier la tolérance et de répondre aux difficultés rencontrées au quotidien. Les bénéfices possibles du traitement par PPC dépendent largement de cette phase d’accompagnement. SOS Oxygène assure cette prise en charge technique et éducative à domicile, dans le respect de la prescription médicale.
Questions fréquentes sur l’apnée du sommeil chez la femme
Si l’on considère toutes les formes (légères, modérées, sévères), la prévalence chez la femme est probablement proche de celle de l’homme, avec une estimation de 20 à 50 % pour les formes légères à modérées après 60 ans. Le ratio historique de 2 hommes pour 1 femme reflète surtout un biais de diagnostic lié à la présentation clinique différente.
La plupart des outils de dépistage (questionnaires, scores de somnolence) ont été développés et validés sur des populations majoritairement masculines. Les critères classiques (ronflement sonore, somnolence diurne, obésité) sont moins souvent au premier plan chez la femme. Le retard diagnostique se prolonge souvent après la consultation : la présentation atypique conduit à orienter vers d’autres prises en charge avant d’évoquer le SAHOS.
Les contraceptifs combinés (estrogènes + progestatifs) maintiennent un taux hormonal relativement stable et bas. Ils ne semblent pas perturber le sommeil de façon significative, mais leur rôle protecteur spécifique vis-à-vis du SAHOS n’a pas été démontré de manière formelle. Le mécanisme protecteur repose davantage sur la progestérone endogène sécrétée au cours du cycle naturel.
Non. Le THM a montré une diminution de la fréquence du SAHOS chez les femmes ménopausées, mais sans le ramener au niveau observé avant la ménopause. Il ne remplace en aucun cas la PPC, qui reste le traitement de référence du SAHOS modéré à sévère. Le THM peut être complémentaire, sous réserve de l’absence de contre-indication et sous surveillance médicale.
Les études montrent des résultats contrastés. Sur de larges cohortes, l’observance est légèrement inférieure chez les femmes, en particulier chez les plus jeunes (Chest, 2021, n=789 260). Le choix de l’équipement PPC adapté, notamment du masque (taille, type nasal ou facial), et l’accompagnement initial jouent un rôle déterminant dans l’acceptation du traitement.
Les données suggèrent un lien bidirectionnel. Le SAHOS non traité favorise la fatigue, les troubles de l’humeur et la dépression. Inversement, la dépression et les troubles anxieux sont des facteurs qui retardent le diagnostic du SAHOS chez la femme, car les symptômes sont attribués au trouble psychiatrique. Le risque dépressif est particulièrement élevé en périménopause, période où le SAHOS peut aussi apparaître.
L’apnée du sommeil chez la femme reste largement sous-diagnostiquée. La protection hormonale assurée par la progestérone avant la ménopause, la présentation clinique atypique et les outils de dépistage calibrés pour les hommes expliquent ce retard. Toute femme présentant une fatigue inexpliquée, des insomnies ou une humeur dépressive après 45 ans devrait évoquer la possibilité d’un SAHOS avec son médecin, en particulier si des facteurs de risque cardiovasculaire sont présents.
Sources
- Assurance Maladie, « Comprendre l’apnée du sommeil », ameli.fr, mis à jour 2024
- Sediri S. et al., « Prévalence du syndrome d’apnées du sommeil chez les femmes ménopausées à risque cardiovasculaire », JMV-Journal de Médecine Vasculaire, 2017
- Cappuccio F.P. et al., « Gender-specific associations of short sleep duration with prevalent and incident hypertension: the Whitehall II Study », Hypertension, 2007
- Young T. et al., « Estimation of the clinically diagnosed proportion of sleep apnea syndrome in middle-aged men and women », Sleep, 1997