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Grossesse et apnées du sommeil : comprendre les risques et savoir quand consulter

Intervenante SOS Oxygène installant un masque de PPC (Pression Positive Continue) à domicile pour une patiente souffrant d'apnée du sommeil.

Progression de la lecture

Le syndrome d’apnées du sommeil chez la femme enceinte (SAHOS) est un trouble respiratoire du sommeil souvent attribué à tort à la fatigue ordinaire de la grossesse. Il se caractérise par des obstructions répétées des voies aériennes supérieures pendant le sommeil, provoquant des micro-éveils nocturnes et des baisses répétées de la concentration d’oxygène dans le sang. Ce trouble, plus fréquent qu’on ne le suppose, expose la mère à des complications obstétricales sérieuses. Il peut aussi retentir sur la santé du bébé. Un dépistage adapté et un traitement précoce permettent de limiter ces risques.

À retenir

Le SAHOS touche environ 3 % des femmes en début de grossesse et jusqu’à 7 % au troisième trimestre, selon les études polygraphiques européennes (SPLF, 2024).

  • La grossesse aggrave le risque de SAHOS par ses effets hormonaux, la congestion nasale et la croissance utérine.
  • Le SAHOS est associé à un risque de prééclampsie multiplié par 2,4, selon une méta-analyse internationale portant sur 58 millions de femmes (Lu et al., Sleep Medicine Reviews, 2021).
  • La PPC, traitement de référence du SAHOS, est compatible avec la grossesse et sans risque pharmacologique pour le fœtus.

Pourquoi la grossesse favorise-t-elle les apnées du sommeil ?

La grossesse expose les femmes à un risque accru de SAHOS en raison de plusieurs modifications physiologiques simultanées. Les œstrogènes favorisent la formation d’œdèmes qui rétrécissent les voies aériennes supérieures. La progestérone, bien que stimulante respiratoire, provoque un relâchement des muscles du pharynx. Ces deux mécanismes combinés augmentent la probabilité d’obstructions nocturnes.

La congestion nasale hormonale est présente chez 20 à 40 % des femmes enceintes, selon les données de Pien et al. (Revue Médicale Suisse, 2016). Elle aggrave la résistance des voies aériennes supérieures à l’air. La montée du volume utérin repousse progressivement le diaphragme vers le haut. Cela réduit la capacité pulmonaire disponible, en particulier en position allongée sur le dos.

Un point contre-intuitif mérite d’être signalé. La prise de poids globale pendant la grossesse n’est pas le principal facteur de risque du SAHOS gestationnel. C’est la répartition pondérale au niveau du cou (une circonférence cervicale élevée) qui constitue le facteur prédisposant spécifique. La prévalence du SAHOS passe d’environ 3 % en début de grossesse à 7 % au troisième trimestre dans les études polygraphiques européennes (SPLF, 2024).

Quels symptômes doivent alerter une femme enceinte ?

Plusieurs signes peuvent indiquer la présence d’apnées du sommeil chez une femme enceinte. Ils sont souvent attribués à tort à la grossesse elle-même, ce qui retarde le diagnostic. Le Réseau Morphée recommande une vigilance particulière devant les signaux suivants :

  • Ronflements forts ou récemment apparus en cours de grossesse
  • Céphalées matinales au réveil
  • Somnolence diurne intense, au-delà de la fatigue attendue au premier trimestre
  • Réveils nocturnes avec sensation d’étouffement ou d’essoufflement
  • Pauses respiratoires pendant le sommeil, signalées par le conjoint
  • Difficultés de concentration et irritabilité persistantes

Ces symptômes des apnées du sommeil se cumulent fréquemment avec d’autres inconforts de la grossesse : crampes, syndrome des jambes sans repos, nycturie, reflux gastro-œsophagien. Ce chevauchement rend la détection difficile. L’échelle de somnolence d’Epworth peut constituer un premier repère, même si sa sensibilité spécifique chez la femme enceinte reste discutée.

Le Dr Loris Alexandre Mazelin et Anne-Lise Gauthier, technicienne du sommeil, expliquent en détail les mécanismes et les signes d’alerte du SAHOS chez la femme enceinte dans la vidéo ci-dessous.

Quels risques pour la mère et pour le bébé en cas d’apnées du sommeil non traitées ?

Les apnées du sommeil non traitées pendant la grossesse exposent la mère et le bébé à des complications sérieuses. Ces risques ont été quantifiés dans une méta-analyse portant sur 120 études et plus de 58 millions de femmes enceintes (Lu et al., Sleep Medicine Reviews, 2021). La SPLF précise que ces risques existent même lorsque l’IAH reste modéré, entre 5 et 15 événements par heure (SPLF, 2024).

ComplicationPour la mèrePour le bébé
Risque cardiovasculairePrééclampsie (OR 2,4 pour SAHOS ; OR 2,8 pour TRS au sens large)Prématurité
Risque métaboliqueDiabète gestationnel, hypertension gravidiqueFaible poids de naissance
Risque obstétricalRisque accru de césarienneRetard de Croissance Intra-Utérin (RCIU)
Période post-partumDépression post-partum aggravéeSuivi néonatal renforcé
D’après Lu et al. (Sleep Medicine Reviews, 2021) et la communication du Pr Trzepizur (SPLF, CPLF 2024).


Les épisodes répétés d’apnées provoquent des baisses de la concentration d’oxygène dans le sang. Ces baisses réduisent l’apport en oxygène et en nutriments vers le placenta et le fœtus. Ce mécanisme est associé au retard de croissance intra-utérin (RCIU) et à la prématurité. Côté mère, le lien avec la prééclampsie reste significatif même après ajustement sur l’IMC et les antécédents d’hypertension.

Après l’accouchement, les effets du SAHOS peuvent persister. Une mauvaise qualité de sommeil résiduelle aggrave la fatigue post-partum et peut amplifier les symptômes de dépression post-partum. Identifier et traiter les apnées du sommeil pendant la grossesse contribue à une meilleure récupération maternelle.

Comment le SAHOS est-il diagnostiqué pendant la grossesse ?

Le diagnostic des apnées du sommeil repose sur un enregistrement nocturne mesurant l’Index Apnées-Hypopnées (IAH), soit le nombre d’événements respiratoires par heure de sommeil. Un SAHOS est retenu pour un IAH supérieur ou égal à 5, associé à des symptômes compatibles, selon les critères de l’American Academy of Sleep Medicine (AASM, 2012).

Le dépistage débute par un interrogatoire ciblé en consultation prénatale. Le questionnaire STOP-BANG évalue le ronflement, la fatigue, les pauses respiratoires observées, l’hypertension artérielle, l’IMC et la circonférence du cou. Il est recommandé en première approche par la SPLF (2024). Toute femme enceinte présentant une hypertension, un surpoids préexistant ou des ronflements récents devrait en parler à son médecin, sa sage-femme ou son gynécologue-obstétricien.

Le diagnostic de confirmation passe par deux examens. La polygraphie ventilatoire, réalisable à domicile, constitue l’examen de première intention. La polysomnographie (PSG) est le gold standard. Elle est recommandée en cas de forte suspicion avec une polygraphie normale. La polygraphie présente en effet 25 à 50 % de faux négatifs dans les cas complexes (CEP-SPLF, 2023). Un obstacle pratique existe : le délai d’accès à ces examens peut parfois dépasser la durée restante de grossesse. Des outils alternatifs (tonométrie de pouls) sont en cours d’évaluation.

Quels traitements pour les apnées du sommeil chez la femme enceinte ?

La prise en charge des apnées du sommeil chez la femme enceinte s’organise en deux niveaux. Les mesures comportementales sont proposées en première intention. Le traitement par PPC (pression positive continue) est prescrit en cas de SAHOS modéré à sévère.

Mesures comportementales

La position de sommeil en décubitus latéral gauche, avec le haut du corps légèrement surélevé, favorise le maintien des voies aériennes ouvertes et améliore le retour veineux. Elle est recommandée dès le deuxième trimestre. Une activité physique modérée, adaptée à la grossesse, peut également réduire la congestion nasale et améliorer la qualité du sommeil nocturne.

La PPC pendant la grossesse

La HAS recommande de traiter les formes modérées à sévères du SAHOS, lorsque l’IAH est supérieur à 15 et associé à des symptômes compatibles tels que somnolence diurne, ronflements sévères ou sensation d’étouffement (HAS, 2014). La PPC est un dispositif médical non médicamenteux compatible avec la grossesse. Un essai clinique mené chez des femmes enceintes a montré une réduction de la pression artérielle diastolique sous PPC. Le risque de prééclampsie était également réduit, même avec une observance modeste (SPLF, 2024).

La morphologie du visage évoluant au cours de la grossesse, le masque peut nécessiter des ajustements réguliers. La pression thérapeutique peut aussi être recalibrée en fin de grossesse, en lien avec le prescripteur. Les bénéfices du traitement par PPC dépendent en grande partie de la régularité de l’utilisation chaque nuit.

La vidéo ci-dessous présente les différentes options thérapeutiques pour traiter les apnées du sommeil.

Que se passe-t-il après l’accouchement ?

Dans la majorité des cas, les apnées du sommeil s’atténuent après l’accouchement. La résorption des œdèmes et la normalisation hormonale contribuent à réduire les obstructions nocturnes. Les ronflements observés pendant la grossesse disparaissent souvent dans les semaines qui suivent la naissance.

Un suivi post-partum reste cependant recommandé. En cas de SAHOS sévère prégestationnel, de persistance des ronflements ou de surpoids, les apnées peuvent se maintenir après l’accouchement. La fatigue propre au post-partum peut masquer des symptômes résiduels. Le Réseau Morphée recommande une réévaluation si les signes persistent plusieurs semaines après la naissance.

Quel est le rôle du prestataire de santé à domicile dans la prise en charge ?

Lorsqu’un traitement par PPC est prescrit pendant la grossesse, la période d’adaptation au dispositif coïncide souvent avec un moment où le confort de sommeil est déjà perturbé. Un prestataire de santé à domicile (PSAD) intervient dès la mise en service de l’appareil, dans le respect de la prescription médicale. Le technicien explique le fonctionnement, ajuste le masque, montre les gestes d’entretien courants et répond aux questions pratiques : position du tuyau, réglage de l’humidificateur, gestion de la congestion nasale.

Un suivi à domicile régulier aide à ajuster les paramètres de pression au fil de la grossesse, car les besoins respiratoires évoluent d’un trimestre à l’autre. Le technicien vérifie l’état du matériel, contrôle l’observance et oriente vers le médecin prescripteur si nécessaire. Cette coordination avec l’équipe périnatale (gynécologue-obstétricien, sage-femme, somnologue) garantit une prise en charge continue jusqu’au suivi post-partum.

Questions fréquentes sur les apnées du sommeil pendant la grossesse

L’apnée du sommeil est-elle dangereuse pendant la grossesse ?

Oui. Le SAHOS pendant la grossesse présente des risques sérieux pour la mère et pour le bébé. Une méta-analyse portant sur 58 millions de femmes enceintes associe le SAHOS à un risque de prééclampsie multiplié par 2,4 (Lu et al., Sleep Medicine Reviews, 2021). Pour le bébé, les répercussions possibles incluent un retard de croissance intra-utérin (RCIU) et une prématurité. La SPLF précise que ces risques existent même lorsque les apnées sont peu nombreuses. Un diagnostic et un traitement précoces permettent de réduire ces risques.

Comment savoir si on fait des apnées du sommeil enceinte ?

Les signes les plus évocateurs sont un ronflement fort ou récemment apparu et des céphalées au réveil. Une somnolence diurne intense ou des sensations d’étouffement nocturne méritent aussi d’être signalés. Le conjoint peut observer des pauses respiratoires pendant le sommeil. Le questionnaire STOP-BANG constitue un premier outil de dépistage. Face à ces signes, un médecin traitant, une sage-femme ou un gynécologue-obstétricien peut orienter vers une polygraphie ventilatoire ou une polysomnographie.

Quels sont les risques pour le bébé si la maman souffre d’apnées du sommeil ?

Les épisodes répétés d’apnées provoquent des baisses de la concentration d’oxygène dans le sang (hypoxie intermittente). Ces baisses génèrent un stress oxydatif au niveau placentaire et réduisent l’apport en oxygène vers le fœtus. Cela expose le bébé à un retard de croissance intra-utérin (RCIU), à une naissance prématurée et à un faible poids de naissance. Ces risques sont confirmés par la méta-analyse de Lu et al. (Sleep Medicine Reviews, 2021) portant sur 120 études.

La PPC est-elle compatible avec la grossesse ?

Oui. La PPC (pression positive continue) est un traitement non médicamenteux, sans risque d’exposition pharmacologique pour le fœtus. Elle ne présente pas de contre-indication connue pendant la grossesse. Un essai clinique a montré une réduction de la pression artérielle diastolique et du risque de prééclampsie sous PPC (SPLF, 2024). Des ajustements du masque et de la pression peuvent être nécessaires au fil des trimestres, assurés par le prestataire de santé à domicile.

L’apnée du sommeil disparaît-elle après l’accouchement ?

Dans la majorité des cas, les apnées s’atténuent après l’accouchement avec la résorption des œdèmes et la normalisation hormonale. Un contrôle post-partum reste cependant recommandé, notamment en cas de SAHOS sévère avant la grossesse, de surpoids persistant ou de ronflements qui continuent. La fatigue post-partum peut masquer des apnées résiduelles. En cas de persistance des symptômes, une consultation auprès d’un somnologue ou d’un pneumologue est indiquée.

Qui consulter en cas de suspicion d’apnées du sommeil pendant la grossesse ?

Le premier interlocuteur est le médecin traitant, la sage-femme ou le gynécologue-obstétricien. Ces professionnels peuvent orienter vers un spécialiste du sommeil (somnologue ou pneumologue) pour un enregistrement nocturne. Le Réseau Morphée recommande d’évoquer systématiquement le ronflement et la somnolence diurne lors des consultations prénatales, notamment en cas d’hypertension gravidique ou de diabète gestationnel associé.

Une femme sans antécédent respiratoire peut-elle développer un SAHOS pendant la grossesse ?

Oui. Les modifications hormonales, l’œdème des voies aériennes et la pression de l’utérus sur le diaphragme suffisent à déclencher un SAHOS chez des femmes sans antécédent respiratoire. C’est pourquoi le troisième trimestre concentre la majorité des nouveaux cas, indépendamment des antécédents.

Les apnées du sommeil chez la femme enceinte représentent un risque obstétrical réel, souvent sous-estimé car ses manifestations se confondent avec les inconforts habituels de la grossesse. Devant des ronflements récents, une somnolence intense ou des céphalées matinales répétées, un signalement médical s’impose. Le médecin traitant, la sage-femme ou le gynécologue-obstétricien peuvent orienter vers un bilan du sommeil adapté. La polysomnographie et la polygraphie ventilatoire restent les seuls outils permettant un diagnostic fiable du SAHOS. En cas de traitement par PPC prescrit, l’accompagnement par un prestataire de santé à domicile facilite l’installation et l’adaptation au fil des trimestres.

Sources

  1. HAS, Évaluation clinique et économique des dispositifs médicaux et prestations associées pour la prise en charge du SAHOS, 2014.
  2. Lu Q. et al., Sleep disturbances during pregnancy and adverse maternal and fetal outcomes : a systematic review and meta-analysis, Sleep Medicine Reviews, 2021.
  3. Trzepizur W., SAHOS et grossesse : une association délétère complexe, communication au CPLF, Société de Pneumologie de Langue Française (SPLF), janvier 2024, splf.fr
  4. Pien J.Q. et al., Sleep Disordered Breathing in Pregnancy, Revue Médicale Suisse, 2016 ; 12 : 1816-20.

À propos de ce contenu

Date de publication : 28/03/2024. Dernière mise à jour : 19/05/2026. Rédigé à partir de sources institutionnelles et peer-reviewed (HAS, SPLF, Sleep Medicine Reviews), selon un protocole éditorial de fact-checking documenté.

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En cas de symptômes :

Ce contenu est fourni à titre informatif et ne remplace en aucun cas une consultation médicale. Si vous présentez des symptômes d’insuffisance respiratoire, consultez rapidement un médecin généraliste ou un pneumologue pour un diagnostic professionnel et un traitement adapté à votre situation.